Mercredi 24 octobre 2007
« UN REGARD ANCRÉ, UNE PEINTURE SITUÉE »
La peinture de Claude Lepoitevin mesure l'aune de son contenu. Un contenu qui n'est que va-et-vient entre brutalité et fragilité, entre bloc et dissémination, entre composition et fragmentation, entre glacis et lèpre tinctoriale, entre abstraction et figure. Un va-et-vient, qui à chaque temps, prend la mesure de la peinture qui se forme, expression de sa réalité d'existence, qui vise à renouer avec un être qu'il sait absent. Sa peinture est comme une résistance du sujet, ni celui qui trône au centre des peintures classiques, ni celui absent qui met en avant l'objet comme témoin de l'être en creux....
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2006 175 x 165
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2008 190 x 200
Or C.LP, même s'il recourt aux procédés de l'abstraction, jamais il ne les mène au bout de leurs effets ; en fait il les courcircuite. Il instille de possibles figures ou narrations dans une aire d'une rigueur abstraite, qui permet au regardeur de se constituer une histoire, dont il sait pourtant, qu'elle peut s'évanouir dès qu'il a le dos tourné, au profit d'une autre dès qu'il portera à nouveau son regard sur la peinture.
Similaire va-et-vient entre affirmation du sujet et son retrait, comme si chaque acte de savoir-faire constituait une certitude d'être, sapé par la prise de conscience de l'acte qui en découle. Son attachement à l'idée de composition, par l"unité qu'il maintient grâce au glacis et par son traditionnel recourt aux schèmes classiques, comme une résistance à croire à l'être. Son travail de fragilisation de l'impact de la couleur par cette lèpre tinctoriale, de la géométrie par l'irrégularité des figures et des traits, de l'image par son non étalonnage sur l'écran de nos histoires, de l'espace par la perte des repères d'échelles, de la figure par l'absence de hiérarchie, est comme une prise de conscience de la fragilité de l'être dans le monde. La résistance du sujet qu'exprime sa peinture, la positionne entre tradition et modernité, dans cette tension interne à vouloir être au-delà de l'abrasion du monde.
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2008 200 x 130
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2008 190 x 200
Cette tension s'exprime au coeur de la couleur, d'une couleur née autant de la teinture que de la peinture acrylique.
En fait, la gageure de C.LP est de rechercher l'instabilité des éléments du tableau pour nous faire entrevoir le « bout du nez » du sujet. Il sait très bien que cette rencontre est hasardeuse, car elle est rare et presque plus concevable aujourd'hui. Certes avec la prudence nécessaire à tout rapprochement, il me semble proche de l'attitude de Manet face à l'impressionnisme qui ne peut se résoudre à perdre le corps de choses. René Huyghe parle à son encontre de « résistance à l'impressionnisme ».
Claude Lepoitevin est bien conscient que nous sommes entrés dans un monde moderne puisqu'il a choisi délibérément des outils modernes, mais craint que ses débordements ne nous conduisent au-delà d'un humanisme dont il ne voudrait pas que l'on perde ni les origines ni le développements qui irriguent notre tradition occidentale. D'où sa résistance à maintenir un condensé de sujet.
Stéphane Doré
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2004 160 x 170
Par claude lepoitevin
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Publié dans : lepoitevinpeintre
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